On
appelle pododermatite un ensemble d'affections cutanées atteignant un ou
plusieurs pied(s). Il s' agit chez le chien d' une entité extrêmement
fréquente, qui pose de nombreux problèmes de diagnostic et de traitement.
ELÉMENTS D'ANATOMIE
Deux zones distinctes doivent être envisagées : la face dorsale et la face
ventrale qui est en contact avec le sol (encore appelée face palmaire pour les
membres antérieurs et face plantaire pour les postérieurs). A ce niveau, la
peau présente une structure similaire à celle du reste du tégument cutané. Les
griffes sont des productions cornées spécialisées qui ont de multiples rôles :
déplacement, préhension, protection... Elles sont constituées de kératines
très dures, empilées en amas. Enfin, les coussinets sont des zones
particulières, au niveau desquelles l'épiderme est extrêmement épais et
festonné. une spécialité à part entière en dermatologie.Ils permettent une
adhérence optimale grâce à la présence de nombreuses villosités et de
certaines glandes sudoripares. En outre, ils protègent les autres structures
podales des traumatismes lors des déplacements.
Les pieds du chien contituent une zone humide et chaude, avec de nombreux
replis, subissant en permanence des traumatismes. Ils sont également en
contact direct avec l'environnement, ce qui les prédispose à des blessures. On
comprend donc aisément qu'un grand nombre d'affections cutanées soient
rencontrées dans cette zone. Dans l'espèce canine, la majorité des lésions du
pied concerne les espaces interdigités et les doigts. Les coussinets sont
rarement atteints, au contraire de l'espèce féline, ainsi que les griffes au
contraire de l'espèce humaine pour laquelle la pathologie des ongles constitue
PRINCIPALES DERMATOSES RENCONTREES AU NIVEAU DU PIED
PODODERMATITES ENVIRONNEMENTALES
Une des premières causes d'atteinte cutanée podale est liée au contact avec
l'environnement. La présence de substances irritantes ou caustiques est à
l'origine du développement de dermatoses inflammatoires irritatives, qui sont
fréquentes au contraire des dermatoses par allergie de contact vraies. Les
hydrocarbures, les herbicides, les engrais, etc. peuvent être responsables.
Les lésions regroupent l'apparition de rougeurs et de léchage intense, parfois
de boiterie. La mise en évidence de la substance responsable de l'apparition
des lésions cutanées est parfois difficile. Le traitement nécessite un
nettoyage soigneux. Il faut éviter de futurs contacts avec la substance
corrosive. Les brûlures et les gelures sont rares. Elles surviennent le plus
souvent chez de jeunes chiots. Leur éventuelle apparition impose d'être
attentif lors de séjours à la montagne. Une prophylaxie (tannage des
coussinets palmaires et plantaires) est souhaitable. Les épillets de
graminées provoquent souvent des lésions au niveau podal. Ces corps étrangers
pénètrent dans les espaces interdigités, en créant des lésions fistuleuses,
parfois profondes, qui engendrent une boiterie et un léchage intense, d'appariton
brutale. Il faut penser à la présence d'un corps étranger face à toute lésion
podale unilatérale d'apparition soudaine chez le chien. Le traitement
nécessite la découverte et le retrait du corps étranger associé à une
antisepsie pendant quelques jours.

Photo n°1 : Pododermatite bactérienne. Notez les ulcères et les fistules.
PODODERMATITES INFECTIEUSES
Il
s'agit de la principale cause de pododermatite chez le chien. Au contraire des
pododermatites environnementales, qui atteignent indifféremment un ou
plusieurs pieds, ces dermatoses sont le plus fréquemment d'emblée
quadripodales (mais pas toujours !). Les agents infectieux en cause sont soit
des bactéries soit des levures, soit des parasites. Les pododermatites
bactériennes sont dues à la multiplication de bactéries pathogènes dans la
peau. Au contraire du reste du tégument cutané, les lésions bactériennes sont
peu évocatrices au niveau du pied : on rencontre principalement un
épaississement cutané et des ulcérations, éventuellement des fistules (photo
n°1). Les pustules sont rares. On rencontre en revanche des lésions sous forme
de nodules de plus ou moins grande taille ("kystes interdigités"). A cause de
l'environnement facilement souillé et humide de cette zone, les surinfections
bactériennes sont extrêmement fréquentes chez le chien et doivent
systématiquement être suspectées en cas d'atteinte podale. Le diagnostic
nécessite la réalisation d'examens microscopiques du produit des lésions
cutanées et le traitement impose l'utilisation d'antibiotiques. Les
pododermatites fongiques sont également fréquentes. On retrouve des lésions à
type d'exsudat blanchâtre envahissant les espaces interdigités et la face
ventrale de la palmure (photo n°2). Les champignons agents de la teigne
atteignent rarement les pieds, et il s'agit surtout de levurose Malassezia
pachydermatis et Candida albicans. La malasseziose est une complication
fréquente des dermatoses allergiques (cf.infra). La candidose est rare. Elle
survient après une blessure le plus souvent. Le diagnostic passe par la
réalisation d'examens microscopiques de l'exsudat, de cultures fongiques et le
traitement est basé sur l'utilisation de substances antifongiques localement
ou par voie générale.Les causes de pododermatite parasitaire sont nombreuses.
La démodécie se localise très souvent au niveau podal, on parle de
pododémodécie. Celle-ci peut évoluer seule ou dans le cadre d'une démodécie
généralisée. Les lésions initiales débutent par un érythème ("rougeur" de la
peau), éventuellement associé à des squames et à une mauvaise odeur. Les
lésions se modifient très rapidement sous l'effet de la macération, des
traumatismes et des surinfections, et on note des furoncles, des ulcères, des
fistules, une nécrose de la peau (photo n°3). La pododémodécie est difficile à
traiter. Il faut rechercher une maladie sousjacente lors d'apparition d'une
pododémodécie chez un chien âgé.La trombiculose se localise souvent au niveau
des espaces interdigités. Les larves parasites (aoûtats) sont facilement
visibles à l'oeil nu, sous la forme de petits points orangés. Elles provoquent
un léchage important des extrémités, d'apparition brutale, après une sortie en
fin d'été. Un traitement acaricide permet de contrôler les symptômes. La
leishmaniose peut se localiser au niveau des pieds. On observe des érosions,
des ulcères. Un signe évocateur assez suggestif est l'allongement des griffes
de l'animal atteint, mais ceci n est pas toujours rencontré. D'autres
parasites sont plus rarement rencontrés, qui affectent des chiens entretenus
dans de mauvaises conditions d'hygiène. Les larves sont présentes dans les
litières humides et souillées et pénètrent à travers les follicules pileux
et/ou la peau en contact avec le sol (espaces interdigités, face ventrale du
corps). Elles provoquent l'apparition de démangeaisons et d'érythème, parfois
de petites élevures cutanées (papules). Plusieurs chiens d'un effectif peuvent
être atteints simultanément. Le diagnostic nécessite la réalisation de
prélèvements cutanés ou coprologiques. Le traitement passe par la
vermifgugation des animaux et par la désinfection du milieu. Des cas
d'épaississement des coussinets chez des chiots atteints de maladie de Carré
ont été rapportés sous le nom de "hard pad disease" (maladie des coussinets
durcis).

Photo n°2 : Pododermatite à Malassezia : rougeur de la peau, suintements
blanchâtres malodorants.

Photo n°3 :
Pododémodécie.
PODODERMATITES ALLERGIQUES
Il
s'agit de la deuxième cause d'atteinte podale chez le chien après les
infestations parasitaires. Les allergies à manifestation cutanée ont été déjà
largement traitées précédemment, aussi elles ne seront pas développées en
détail ici. Rappelons que toute dermatite allergique chez le chien est
prurigineuse, c'est-à-dire qu'elle provoque une démangeaison. Le léchage
intensif des extrémités des pattes est un signe majeur de dermatite allergique
chez le chien. On peut le retrouver en cas de dermatite atopique
(hypersensibilité à des aéroallergènes, acariens, pollens par exemple), de
dermatite par allergie/intolérance alimentaire ou, moins souvent, en cas de
dermatite par allergie aux piqûres de puces. Enfin, la dermatite par allergie
de contact est rare chez le chien, mais peut provoquer l'apparition de lésions
uniquement podales. Dans ce cas, la substance allergisante (ou irritante) est
présente dans l'environnement et traverse la peau au niveau de la face
palmaire ou plantaire des pieds. Les lésions sont donc initialement localisées
sur les zones en contact avec le sol (il s' agit d'un élément important
d'orientation). On observe des vésicules (rarement), des rougeurs, et un
léchage des pied. Des complications bactériennes apparaissent assez vite. Le
substances allergisantes sont variées. Il faut être particulièrement méfiant
vis-à-vis des détergents, des nettoyants ménagers (surtout ceux contenant de
l'eau de Javel), et du ciment ( photo n°5).

Photo n°5 : Allergie de contact au ciment. Les lésions sont initialement
localisées à la face en contact avec le sol sans atteinte du reste de la peau.
GÉNODERMATOSES
Un
article précédent a traité ces maladies génétiques, qui s'expriment souvent,
mais pas systématiquement, dans le jeune âge. Certaines d'entre elles ont une
localisation préférentielle au niveau du pied. C'est le cas de la dermatose
répondant à l'administration de zinc, de type I chez les chiens nordiques qui
présentent une anomalie de l'absorption intestinale de zinc, de type II chez
des chiots de races de grande taille en croissance dont la ration est
déséquilibrée avec un excès de phytates et/ou de calcium. Les lésions podales
sont surtout caractérisées par un épaississement marqué des coussinets
plantaires. On peut également noter des squames et/ou des croûtes. Le
diagnostic passe par la réalisation de biopsies et le traitement, simple,
nécessite une supplémentation en zinc et un rééquilibrage de la ration
alimentaire. Chez le Bull Terrier, une maladie rare, l'acrodermatite léthale
atteint un ou plusieurs chiots de la même portée. Les animaux sont petits,
chétifs et présentent des lésions alopéciques et croûteuses des extrémités
rapidement surinfectées. La maladie est mortelle à moyen terme à cause de
déficits immunitaires généralisés se traduisant par des infections cutanées,
respiratoires et digestives. Certains chiens, principalement des Irish
Terriers et des Dogues de Bordeaux présentent une anomalie localisée au niveau
des coussinets qui s'appelle l'hyperkératose digitée. Les coussinets sont très
épaissis, craquelés, avec la formation de véritables cornes exubérantes. Le
traitement est symptomatique et consiste à ramollir l'excès de kératine et à
couper ou tailler les lésions.

Photo n°4 : Hyperkératose digitée chez un jeune Dogue de Bordeaux.
PODODERMATiTES AUTO-IMMUNES
Les maladies auto-imunes à expression cutanée sont rares. Elles regroupent
diverses atteintes de la peau dues à la destruction par l'organisme de ses
propres constituants cutanés. Le pied est une localisation préférentielle de
ces dermatites. Parfois il s'agit de la seule région atteinte. Les lésions
atteignent les quatre membres, au niveau des coussinets, des griffes, plus
rarement des espaces interdigités. On observe des ulcérations, des croûtes, un
épaississement des coussinets ( photo n°6), beaucoup moins fréquemment des
pustules. Le diagnostic est difficile, basé sur la conjonction d'arguments
cliniques, et surtout sur la réalisation de biopsies cutanées. Le traitement
nécessite une immunosuppression par les corticoides ou par d'autres molécules.
Les vascularites sont des affections des vaisseaux. La plupart d'entre elles
sont d'origine auto-immune, mais il existe également d'autres causes
(médicamenteuses, infectieuses). Les lésions siègent préférentiellement au
niveau des vaisseaux de petit calibre. En pratique les extrémités des membres
ou des pavillons auriculaires sont souvent touchées. Cliniquement, il s'agit
de lésions ulcératives à l'emporte-pièce, parfois nécrotiques et
hémorragiques. Un cas relativement typique est l'ulcère profond localisé au
centre d'un coussinet. La maladie des agglutinines froides est due à une
coagulation excessive dans les vaisseaux de petit calibre situés au niveau des
extrémités lors de temps froid ou du contact avec une substance froide. Les
vaisseaux sanguins ainsi thrombosés (ils sont "bouchés") ne permettent plus le
passage du sang et on observe une cyanose (aspect violacé de la peau)
précédant des pertes de substance à type d'érosions ou d'ulcères.

Photo n°6 : Pemphigus foliacé Epaississement marqué des coussinets. Il
s'agissait de la seule localisation lésionnelle chez cet animal.
PODODERMATITES D'ORIGINE COMPORTEMENTALE
Les animaux anxieux présentent parfois une activité dite de substitution, qui
consiste à lécher incessamment une zone cutanée facilement accessible : la
face dorsale du carpe ou un pied par exemple. Ce léchage est particulier,
différent de celui des dermatites allergique : zone atteinte très localisée,
animal ne se léchant qu' en cas d'ennui, léchage compulsif, stéréotypé.
Rapidement des lésions sont notées : chute des poils, rougeur de la peau,
voire suintements et érosions. Le diagnostic est facile s'il existe des signes
associés d'anxiété. Il faut parfois avoir exclu toutes les autres causes de
léchage podal avant d'envisager cette hypothèse. Le traitement repose sur
l'utilisation d'antibiotiques (lésions surinfectées), sur une chimiothérapie
anxiolytique et surtout sur une thérapeutique comportementale du propriétaire
vis-à-vis de son chien.
PODODERMATITES DIVERSES
D'autres maladies cutanées peuvent affecter préférentiellement un ou plusieurs
pieds. Le syndrome hépatocutané est une entité rare du chien âgé, due à la
présence d'un cancer du foie ou d'une cirrhose. Les mécanismes d'apparition
des lésions cutanées sont inconnus. On décrit des coûtes, des lésions
exsudatives au niveau de la face, des jonctions cutanéomuqueuses et des
extrémités. Les coussinets sont épaissis et craquelés. Le diagnostic repose
sur les biopsies de peau. Aucun traitement n'est efficace. Diverses tumeurs
peuvent atteindre les pieds, et certaines d'entre elles semblent présenter une
affection particulière pour la matrice des griffes. Il s'agit des carcinomes
épidermoïdes et des mélanomes, en particulier chez les Bergers de Brie et les
Schnauzers.
CONCLUSION
En
conclusion, un très grand nombre de dermatoses atteignent les pieds. Les
surinfections sont très fréquentes et rapides dans cette zone facilement
souillée, humide et chaude, à replis cutanés, subissant des traumatismes
permanents. Ceci explique que le tableau clinique dermatologique est rarement
typique, et que le diagnostic des pododermatites est difficile. "Diagnostiquer
et traiter les pododermatites chez le chien est l'art de la dermatologie" a
déclaré P.J.Irhke, professeur de dermatologie vétérinaire en Californie. Plus
que dans toute autre zone, la prévention apparaît donc essentielle. Il faut
éviter les traumatismes inutiles, tanner les coussinets trop mous, nettoyer
régulièrement les espaces interdigités avec des shampooings adaptés (et bien
rincer!), sécher les pattes après une sortie par temps humide, inspecter les
espaces interdigités en cas de léchage (rechercher un épillet de graminée, des
ectoparasites en particulier larves de Trombicula autumnalis). En résumé être
attentif et hygiénique évitera les problèmes au long cours.
Fuente:
Dr. Alejandro Garcia
"Un aporte de nuestro amigo y
colega Leonardo Mauro (argentina) que también estará en nuestro congreso,
participando como uno mas de todos nosostros."